Le loup, ce serait cette conscience ancienne qui suit de près, talonne, flaire et reste tapie dans l’ombre, un peu comme une préfiguration de la grande Vengeuse, comme cet éternel mythe qui passe et repasse et file, marque ses kilomètres de sa silhouette et pose délicatement ses signatures contre les buissons, au bas des troncs ou dans nos têtes.
Katherine L. Battaeillie est partie d’un dessin d’Anne Petrequin d’un loup debout, presqu’un homme, pour débusquer dans la mémoire tout ce que l’animal résurgent de la culture des campagnes porte en lui, de ce gros paquet de fantasmes et de désirs mâtinés de peurs, ce double au fond, cet autre soi-même, qui se cache au fond de nous, comme une intemporelle cible…
mais le chasseur aura mal vu
à travers les taillis emmêlés
c’est moi qu’il visera
en plein cœur
Ce mythe est aussi ce misérable, plus misérable encore que le plus déclassé des humains, qui se terre et se désole…
Toute la meute à la queue sale
et malodorante et traînant par terre
les louveteaux accrochés à leur mère
trop serrés
(pouvait-elle avoir gémi de plaisir)
et son lait âcre
sous les racines difformes
dans l’air suffocant de la tanière
le lait âcre qui donne la force
Avec une maîtrise étonnante de l’écriture, Katherine L. Battaeillie, dresse dans ce tout petit livre le portrait de nous-mêmes avec le loup comme révélateur, qui endosse très humainement sa triste condition et sa puissance projetée, qu’il soit là ou qu’il n’y soit pas.
Georges Chich