Hommage à Marc Porcu par Geneviève Vidal

Bonsoir,  je connais Marc depuis les années 80 par l’association Poésie-Rencontres. J’ai voulu témoigner du rôle important qu’il y a joué pendant 20 ans. En quelques mots, Poésie-Rencontres fut fondée en 1980 par Pierre Piovésan, Jacques Imbert et Pierre Ceysson. Tout est parti d’un groupe d’instituteurs en formation continue à l’École Normale de Lyon (Croix-Rousse), Jacques Imbert, leur formateur, les avait si bien initiés à la poésie du 20è siècle qu’ils décidèrent de se regrouper en association; l’aventure démarrait, elle dura 30 ans. Marc en fut président à deux reprises. Voici la chaîne des présidents : d’abord Jacques Imbert, puis Pierre Ceysson, suivi par Marc, ensuite moi-même, puis Marc reprend le flambeau, transmis pour finir à Mohammed El Amraoui. Action de Poésie-Rencontres sur 30 ans : une centaine de poètes invités, Guillevic, Andrée Chédid, Senghor, Adonis, pour les  plus connus, 55 numéros de la revue Les Cahiers de Poésie-Rencontres, une collection de poésie, des expositions …

L’engagement de Marc, avec lequel nous formions une équipe fraternelle, laborieuse, joyeuse, un peu déjantée parfois. Quelques noms en plus de ceux déjà cités: France Imbert, Jean et Suzanne Perrin, Anne Guerrant, Hélène Galibardy, Manuel Van Thienen, Jacqueline Merville, Michel Bret, Chantal Ravel, Gisèle Simon, Frédéric Chambe, Mohammed El Amraoui … La plupart sont poètes, enseignants pour certains, comme Marc, souvent en quartiers sensibles, insufflant à leur métier une inspiration poétique, Changer la vie ici et maintenant.

Marc nous apportait son humour, sa bonhomie, sa fidélité aux origines , son histoire familiale, -une migration en barque vers la Tunisie- .  Il en transmet la mémoire dans sa 1ère publication,  Mémoires de l’exil, illustré par Annick Porcu ( éd. Po-Rctr, 1984), voici le début du poème  Immigrer : Au marché acheter la valise de carton bouillie/ Apprendre/ En la prenant des mains du marchand/ Le poids d’une vie / Et tout ce qu’il abandonne pour la tenir …  Lisant ces vers, me revient la voix grave et lente de Marc, excellent lecteur de sa poésie, ne craignant pas le lyrisme, une voix habitée, une présence physique simple et enracinée. Avec des saxophonistes, à commencer par Dimitri. Il forma aussi une troupe de théâtre Va dire à la ville. avec Manuel V Thienen et Jacqueline Merville, tous trois issus des écoles normales de Lyon.

Poésie-Rencontres, une géographie ; au centre, Lyon et sa périphérie, des traits partent vers la Sardaigne, la Ligurie, la Grèce, la Roumanie, on saute vers la Wallonie … Un réseau. Marc nous fait découvrir les poètes sardes, les traduit, les invite, les promeut dans la revue et la collection.

Je revis nos réunions de travail, au domicile des uns et des autres, une équipe créative, convaincue, – ni une  chapelle ni un cénacle  ni une tour d’ivoire – Nous pratiquons l’autogestion pour organiser les rencontres, mettre en forme les Cahiers, publier les recueils, effectuer les demandes de subvention, et le reste. Un petit monde presque idéal, où chacun trouve sa place, une mutualisation des compétences et bonnes volontés. Pas d’uniformité, pas d’autorité supérieure,  des réalisations tous azimuts. Ainsi les Cahiers thématiques : Poésie amérindienne par Manuel Van  Thienen, Poésie sarde, Eugenio Montale et la poésie ligurienne du 20è siècle par Marc Porcu, Poésie pour l’enfance et la jeunesse par Pierre Ceysson, pour ma part La poésie et le rêve, Liberté sur parole, Poésie et voyage, Écritures de femmes, avec Mohammed El Amraoui, Discorde d’objets, Poésie-Réel-Irréel-Déréel, enfin André Martinat boucle le cycle avec Sur la route des langues I et II.  Peintres et photographes coopèrent, ainsi que musiciens pour les lectures.

Poésie-Rencontres fut l’atelier d’une poésie charnelle autant que métaphysique, ouverte à toutes les écritures.

Nous étions en lien avec La maison de la poésie de St Martin d’Hères, La Cave littéraire de Villefontaine, Pandora à Vénissieux, la maison de la poésie d’Amay en Belgique, la Fête du livre de Bron, actions avec les Médiathèques, de la Condition des soies, de Vaise, de la Part-Dieu, les interventions en milieu scolaire … Nous tenons aussi des stands, marché de la poésie de Rodez, de la place St Sulpice, Festivals de Lodève, puis de Sète. « La poésie ne sera plus faite par un mais par tous »

A la fin de nos réunions, nous partageons le pain, le saucisson et le vin, moments de détente et de franche gaîté, nous divaguons, partons dans de doux délires, chaleur humaine, nous sommes réalistes et demandons l’impossible. Anecdote : mes voisins l’œil torve lorsqu’arrive chez moi « la tribu prophétique aux prunelles ardentes » (V Hugo) , chevelue, rigolarde, dans des voitures cabossées.  Brassens « Et pour bien vous punir/ Alors vous voyez venir sur terre / Des enfants non voulus/ Qui deviennent chevelus poètes » 

Geneviève Vidal

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