Anne Perrier

Dossier Anne Perrier. Les poèmes sont publiés ici avec l’aimable accord de l’éditeur français, l’Escampette.

 Anne Perrier est née à Lausanne le 16 juin 1922 et décédée le 16 janvier 2017 (à 94 ans) à Saxon (Valais).

Prix des écrivains vaudois en décembre 1996.

Grand Prix de littérature française hors de France de l’Académie Royale de Belgique en 2000.

Grand Prix National de Poésie le 7 mars 2012 à Paris.

Bibliographie

Selon la nuit, Les Amis du livre, Lausanne, 1953.

Pour un vitrail, Pierre Seghers, Paris, 1955.

Le voyage, La Baconnière, Neuchâtel, 1958.

Le petit pré, Payot, Lausanne, 1960.

Le temps est mort, Payot, Lausanne, 1967.

Lettres perdues, Payot, Lausanne, 1971.

Feu les oiseaux, Payot, Lausanne, 1975.

Le livre d’Ophélie, Payot, Lausanne, 1979.

Poésie (1960-1979), reprise des cinq recueils précédents avec une préface de Philippe Jaccottet, L’Âge d’Homme, 1982.

La voie nomade, La Dogana, Genève, 1986.

Poésie (1960-1986), avec une préface de Philippe Jaccottet, L’Âge d’Homme, Genève, 1988.

Les noms de l’arbre, Empreintes, Lausanne, 1989.

Le Joueur de flûte, Empreintes, Lausanne, 1994.

Champ libre, Éditions Raymond Meyer, Pully, 1998.

L’unique jardin, Bernard Blatter, Montreux, 1999.

Œuvre poétique (1952-1994), préface de Gérard Bocholier, Éditions de l’Escampette, Bordeaux, 1996.

Le voyage suivi de Le livre d’Ophélie, de Le joueur de flûte et de L’unique jardin, Éditions Empreintes, Chavannes-près-Renens, 2011.

La voie nomade et autres poèmes. Œuvres complètes, 1952-2007, préface de Gérard Bocholier, L’Escampette, Chauvigny, 2008.

Le livre d’Ophélie et La voie nomade, préface de Doris Jakubec, Éditions Zoé, 2018.

Larges extraits de l’Étude bio-bibliographique par Marie-Ange Sebasti, in revue Laudes, N° 122, 1996, p.25-32.

Anne Perrier avec Marie-Ange Sebasti

 

Malgré la persévérance de Philippe Jaccottet qui, depuis 30 ans, montre aux lecteurs français le chemin de la poésie d’Anne Perrier (quelqu’un qui écoute, un peu à l’écart du monde, ce que le plus pur du monde, à voix basse, dicte à son cœur)[i], cette œuvre, très appréciée en Suisse où on la trouve en collection de poche, reste encore malheureusement trop méconnue en France. On peut souhaiter que cette bio-bibliographie de Laudes contribue à amplifier le mouvement qui se dessine actuellement en faveur d’un poète dont on peut dire avec Gérard Bocholier que chacun de ses livres inspirés réserve un incomparable éblouissement[ii].

Anne Perrier vit à Lausanne, où elle est née, le 16 juin 1922, d’un père suisse et d’une mère alsacienne. Si elle exprime un réel attachement à des lieux de prédilection, le Valais par exemple, on chercherait en vain cependant dans sa poésie, sous l’apparente confidence, un quelconque régionalisme ou des détails biographiques. J’ai des attaches, des racines, dit-elle, mais je ne me sens pas enracinée … Je n’aime pas trop les frontières ni les étiquettes[iii].

Nulle présence non plus de la ville qui l’a vue grandir, où elle a poursuivi des études de lettres, et où elle a publié la plupart de ses poèmes. À la ville et aux montagnes qu’elle considère comme hostiles, elle préfère les grands espaces qu’offrent la mer, le désert, là où la lumière trouve son épanouissement. En ce monde tu es l’oiseau / Ne trahis pas l’espace ni le chant (Le petit pré).

Très tôt, Anne Perrier lit les poètes, ceux du passé, mais aussi les contemporains, Aragon, Pierre Emmanuel, Milosz…, avec une préférence pour Éluard et Rilke. Entre quatorze et seize ans, elle découvre le bonheur d’écrire, mais aussi le labeur du poète, la nécessité pour lui de faire des gammes, d’apprendre un métier. Maintenant encore, elle est attentive à cette discipline qui rapproche la poésie de la musique. Ainsi, elle avoue qu’elle compose ses poèmes non pas à sa table de travail, mais dans sa tête, les écoutant en quelque sorte jusqu’à la complète harmonie.

Si elle est profondément attirée dès sa jeunesse par la musique, celle de Mozart et Schubert en particulier, Anne Perrier ne l’est pas moins par le chant ailé des grands mystiques, celui de saint François d’Assise, de saint Jean de la Croix… […]

En 1947, à vingt-cinq ans, elle épouse Jean Hutter, secrétaire aux Éditions de La Baconnière, à Neuchâtel (Boudry), qui publient, entre autres, les fameux Cahiers du Rhône, dirigés par Albert Béguin. Elle rencontre alors plusieurs poètes, dont Pierre Emmanuel, Jean Cayrol, Alain Borne. […]

En 1950, elle retrouve Lausanne, où Jean Hutter devient secrétaire général, puis directeur, des Éditions Payot. A partir de ce moment, le poète semble prendre son véritable essor. Son premier recueil, Selon la nuit, paraît en 1952. Il contient quelques poèmes déjà publiés pendant la guerre dans la revue Lettres, de Genève, dirigée par Pierre Courthion avec la collaboration entre autres de Pierre-Jean Jouve, Marcel Raymond, Jean Starobinski. Suivront Pour un vitrail, en 1955, puis Le voyage, en 1958.

Les cinq recueils suivants, de 1960 à 1979, paraissent à un rythme régulier dans la Collection poétique Payot-Lausanne créée par son mari. Les plus grandes voix de la poésie suisse romande se font entendre dans cette collection exceptionnelle qui compta vingt et un recueils, de Gustave Roud à Corinna Bille, de Philippe Jaccottet à Jacques Chessex. Le premier, Le petit pré, voit le jour en même temps que Le Valais au gosier de grive de Maurice Chappaz.

Diverses revues accueillent depuis lors sa poésie, dont Nova et Vetera (fondée à Fribourg en 1926 par Charles Journet, qui la dirigea jusqu’à sa mort, en 1975, en lui donnant une audience internationale), Écriture, ou la centenaire Revue de Belles-Lettres, toutes deux en Suisse romande…

C’est au cours des années qui suivirent qu’Anne Perrier découvrit sa seconde patrie, la Grèce, particulièrement Mycènes et la Crète, où elle fit de très nombreux séjours. De nouvelles images, une nouvelle lumière aussi, s’imposent à elle et habitent désormais son œuvre. Et s’arrêter ô s’arrêter / Si l’on pouvait / Sous l’olivier où l’heure au goût de miel / Fond dans la bouche.

Une autre patrie, aussi lumineuse, reste pour elle la riche amitié épistolaire qui la lia au poète Cristovam Pavia, de Lisbonne. Elle apprend alors le portugais pour mieux goûter la poésie du Portugal et du Brésil, et elle entre en contact avec d’autres poètes, tel José Régio ou Pedro Tamen, ainsi qu’avec la revue littéraire de la fondation Gulbenkian. Elle entreprend également un travail de traduction et publie, en 1970, en collaboration avec le poète Luiz-Manuel, Lusiade exilé de Manuel Alegre.

La disparition de Cristovam Pavia, qui se donne la mort en octobre 1968, la laisse désemparée. Trois ans plus tard, elle adresse au frère de cristal, au compagnon d’éternité, à celui qui eut tant à souffrir en ce monde qu’il perdit pied, les Lettres perdues. Si une épreuve personnelle est à l’origine de ces beaux textes, nul doute que son chagrin, Oh ! dans le vent d’automne / Ce jamais plus / Comme un volet qui bat, nul doute que son espérance, Ton âme tourmaline / Saphir liquide / Ton âme je le sais / Dieu la porte à son doigt, ne traduise l’élan qui la porte à l’universel. Ainsi disait-elle dans Le petit pré : S’il est au monde une souffrance / Je suis en elle.

Cette œuvre émouvante et forte vaut à son auteur, en 1971, le prix Rambert, qui couronne, depuis sa création, les plus importants écrivains suisses de langue française.

L’année où parut le recueil suivant, fait de tercets qui rappellent l’art du haïku, Feu les oiseaux (1975), fut créé à Lausanne Le Conte d’été, texte d’Anne Perrier et musique de Bernard Reichel, enregistré à Radio-Lausanne (et diffusé à deux reprises sur France-Musique), une œuvre qui s’appuie sur un vieux conte populaire du Portugal Le dragon à sept têtes et dont l’action est à la fois dansée, chantée et mimée.

Soudain, avec Le livre d’Ophélie (1979), survient un chant nouveau, plus amer, celui de la contradiction, toujours douloureuse, pour le poète, D’être et de n’être pas / Au monde, et la certitude de mourir d’une chute infinie / Dans l’eau du ciel.

Humble et exigeante, tendre et violente, la voix d’Anne Perrier, qui dit, avec Ophélie : Que peut contre la poésie / tout ce fleuve de lave, est de plus en plus écoutée. En 1982, les cinq recueils précédents sont publiés ensemble, présentés par Philippe Jaccottet, dans une collection de poche des éditions L’Âge d’Homme, à Lausanne. Ils seront réédités en 1988, puis en 1993, avec les poèmes de La voie nomade, ouvrage paru en 1986, où le troupeau frileux / Des paroles se tient à l’écoute de sa flûte tendre.

Cette fidèle musique accompagne les deux plus récents recueils d’Anne Perrier, celle qui chante, en 1989, Les noms de l’arbre (du peuplier qui boit le ciel / À la source à l’arbre du Ténéré, détruit en 1973 : Dès lors ô frère où déposer notre ombre), celle que module, en 1994, Le joueur de flûte (Chaque matin le monde / S’éveille si usé / Si frais). Ces derniers livres sont publiés par une jeune maison d’édition de Lausanne, Empreintes, qui présente avec soin de beaux textes d’auteurs suisses d’expression française.

Depuis quelques années, la poésie d’Anne Perrier ne cesse de s’envoler, de se faire entendre, dans les pays francophones, bien sûr, mais aussi en Italie, en Roumanie, en Chine, au Japon, en Pologne…, où certains de ses poèmes sont traduits. Elle noue des contacts de plus en plus nombreux avec des écrivains, des lecteurs. On lui demande de parler de son œuvre dans les établissements scolaires ou universitaires, et elle apparaît désormais dans les plus importants dictionnaires littéraires[iv]. Le public français commence enfin à découvrir, avec bonheur, cette œuvre qui cherche, dans l’humilité, une Présence, le plus souvent non dite comme les graines envolées d’un très grand arbre invisible[v] et dont elle sait suggérer avec force et discrétion la splendeur, en proclamant en filigrane que seul l’engagement… en poésie est demandé au poète. […]

Ne résistons pas à la séduction de ce chant qui nous entraîne sur la voie nomade, le chemin qui dure  / Toujours toujours toujours.

 

[i] L’écouteuse, à l’écart, préface du recueil d’Anne Perrier, Poésie (1960-1979), 1982, texte repris par Philippe Jaccottet dans Une transaction secrète, lectures de poésie, Paris, 1987. Voir déjà L’entretien des Muses. Chroniques de poésie, Paris, 1968.

[ii] G. Bocholier, Anne Perrier, une voix qui tremble, La Nouvelle Revue Française, 509, juin 1995, p.105-111.

[iii] Françoise Broussard, Entretien avec Anne Perrier, Le français d’aujourd’hui, 106, p.116-123.

[iv] Voir par exemple les notices de Doris Jakubec dans Laffont-Bompiani, Le nouveau dictionnaire de tous les temps et de tous les pays. Collection Bouquins III, 1994, p. 2481-2482 ; Le nouveau dictionnaire des œuvres, VI, p. 7574 -7575.

Choix de poèmes tirés de La voie nomade et autres poèmes, œuvres complètes, préface de Gérard Bocholier, l’Escampette éditions, 2008. Avec l’accord de l’éditeur.

Dans Pour un vitrail

Et la vie c’est cela

Une ombre qui s’allonge sur le seuil

Une cour abritée de hauts tilleuls

Le miel en fleur et les abeilles mortes

Une main qui frappe à la porte

Et les visages changent de couleurs

Rien n’a bougé que le ciel sans racines

Et la saison penchée au bord de la ravine

Les regards sont plus fixes et les gestes raidis

Est-ce l’aube ou midi L’attente est si pareille

À l’attente et tout ce qu’on connaît

Tout ce qu’on tient n’est que le rêve tourmentant

D’une réalité profonde et dérobée

*

Lorsque la mort viendra

Je voudrais que ce soit comme aujourd’hui

Un grand soir droit laiteux  et immobile

Et surtout je voudrais

Que tout se tienne bien tranquille

Pour que j’entende

Une dernière fois respirer cette terre

Pendant que doucement s’écarteront de moi

Les mains aimées

Qui m’attachent au monde

Dans le Petit pré

Toute la vie quotidienne

Est là

Un visage sous les persiennes

Qui se rabat

Le doux soleil

S’en va mourir la tête en bas

Et le jour se débat

Comme une fine abeille

Entre deux doigts

*

En ce monde tu es l’oiseau

Ne trahis pas l’espace ni le chant

Ce serait beau

Déjà et suffisant

Si tu pouvais tenir la note unique

Que Dieu te destina dans sa libre musique

*

Le temps est mûr

Je n’en sais rien

Je vois le mur

Et le chemin

La vie peut être qui s’arrête

Un plomb d’or dans la tête

Et moi toute déserte

Les mains bien lisses bien ouvertes

Vivant d’aumônes

À l’entrée des palais

Et des miettes que les balais

Chassent au vent pour personne

*

Voici ma place

Pour l’éternité

Une chaise de paille basse

Le silence et l’été

Un mur que le ciel a fendu

Comme une rue

Et mon âme qui s’habitue

À dire tu

Dans Le temps est mort

Comment partir

Suivre l’étroite veine

Et le fleuve de sève

Gagner les cordages

Monter

Plus haut que les feuilles

J’agonise

Dans un nœud de l’arbre

Dans Le livre d’Ophélie

L’espace est mon jardin

La mer l’habite

Tout entière avec ses vents lointains

Les planètes lui rendent visite

La vie la mort

Égales jouent à la marelle

Et moi captive libre j’erre au bord

De longs jours parallèles

*

Mourir en douce

Sans avoir dit un mot

De trop

Sans que l’âme éclabousse

La rue

Quitter la vie

Comme un fleuve ingénu

Remonterait sans bruit

Vers sa source

Dans La voie nomade

Si le temps me touche

Si la mort m’arrête

Alors que ce soit

D’un doigt éblouissant

*

Ce n’est pas l’ombre que je cherche

Ni l’humble signe

De la halte sous les palmiers

Tranquilles ni l’eau ni l’ange

Gardien d’oasis

Je cherche le chemin qui dure

Toujours toujours toujours

*

Ce n’est pas

Au moment de mourir tous les cris

Déchirants de la terre que j’emporterai

Toutes les larmes non

Mais ce rire d’enfant comme un chevreuil

Qui traverse la foudre

Dans Le joueur de flûte

Quand je vois sur le bord du jour

Ces ombres qui palpitent

Ces impatiences le lent tremblement

De l’aile qui cède au vent

Avec eux je convoite éblouie tout l’espace

Et charge leur vol imminent

De mes hauts désirs

*

Je ne suis plus qu’une ombre

À la face du jour

Je ne suis plus que la douleur

Et la plainte du monde

Je ne suis plus qu’épines

Et cris d’entre les ruines

Je ne suis plus que la blessure

Ouverte de ce temps

Je ne suis plus

Qu’une flûte remplie de vent

*

L’espérance

Tient dans le creux de la main

Comme une larme mais si fraîche

Qu’elle pourrait suffire au monde

Si toutes les eaux s’en allaient

 

 

Estelle Fenzy, Poèmes western, éditions LansKine, 2018.

On pourrait croire qu’Estelle Fenzy a fait le voyage dans l’ouest américain et qu’elle en a rapporté ces Poèmes western. Sauf qu’elle n’a jamais fait le voyage. Son voyage à elle est un voyage imaginaire, un rêve de voyage peut-être, inspiré par les photographies de Bernard Plossu, dont l’une d’elles orne la première de couverture.

Le road-trip commence à Provincetown : « A l’extrémité de Cape Cod la baie de Provincetown ouvre un livre vierge. Cousu d’horizon», pour s’achever au bord de l’océan : « Il n’y a pas plus à l’ouest. C’est le bout du voyage ».

D’immenses lieux vides. Une nature très présente — ciel, terre, canyon, désert — belle et souvent hostile — neige, vent, brouillard, poussière. Des villes : Santa Fe, Denver, Los Angeles, « Las Vegas. Eblouissante. Nuit et jour ». Beaucoup de silence, beaucoup d’absence. « Qui a terrassé cette fuite d’asphalte. Cette ligne sans retour.  Cette engouffrée du regard». Une partie des poèmes laisse deviner la  présence humaine par les traces qu’elle a pu déposer dans le paysage : carcasse de voiture, linge sur un fil, route, motel, pompe à essence, cimetière indien.  Une autre partie lui fait une place plus importante : personnages aperçus de loin, esquissés pour la plupart, sauf quelques portraits rapidement brossés à grands traits comme celui de Susannah Gun.  Mais partout une attention soutenue portée à la vie lorsqu’elle est présente : «  A l’aube, les chiens de rue tournent sans fin dans la ville déserte », « A Seboyeta, un enfant vit sous la terre »,  « elles baissent sur les banquettes leurs paupières qui piquent. Tabac froid ».

Chacun des 58 poèmes en prose du recueil  est une étape du voyage, un tableau. Les poèmes commencent souvent par une indication de lieu, suivie d’une description courte — quelques phrases au plus —, une description qui n’est pas l’énumération d’un décor, mais une évocation saisissante à partir de quelques détails choisis.  L’œil en éveil, la poétesse se fait peintre et quelques touches suffisent alors à faire surgir le paysage, comme on ferait surgir un portrait. « Le brouillard recroqueville la terre », « Le Desert Motel est un cube levé à même la piste »,  « Ocre jaune, à perte de vue l’océan-poussière. Lointain courbé ». Se dressent alors sous les yeux du lecteur des tableaux du paysage états-unien qui ressortissent parfois à son histoire ou à ses mythes.

L’écriture est concise. Souvent l’évocation naît à partir de phrases nominales.  Présence de la poétesse dans l’énonciation: « On plisse les yeux », «  Peut-être que quelqu’un a pu l’aider ». Dans ce qui ressemble à un journal de bord, l’observation donne naissance à d’autres images. Des comparaisons : « Comme un troupeau de bêtes agonisantes. Sur les flancs, le toit. Portières ouvertes, capots béants », « Sous un ciel d’écume. Lourd, vaporeux, comme une hanche de Rubens», « A l’humidité. Entrée dans le corps comme un sommeil ». Des personnifications : « Les pompes à essence attendent. Patientes sous les néons. », « Les décisions du vent ».

Zabriskie point.

D’ici on voit la mort de loin.

Plissé nu de terre stérile. De douleurs longues. De fourmis argentées.

Un endroit où il n’y a plus rien à prouver.

Une rêverie se crée autour de l’espace. Des correspondances fines s’établissent entre les grands espaces et les hommes. Estelle Fenzy nous livre alors une pensée, parfois quelque chose d’intime, sentiment, sensation, qui entre en relation avec le paysage : « On ne comprend pas mais tout est là », « Comme elle est belle sa solitude ». Parfois une réflexion d’ordre plus général propose un  élargissement : « Ici, seul le désert est en expansion », « Il y a toujours un côté qui mène au rêve et l’autre à la nuit » ou bien   une évocation de la condition humaine. « Cacher son visage humain. Espérer l’accueil. », « Lourds d’un amour qui souvent fait défaut. / Ici. Partout. » Il en ressort un sentiment de compassion pour la fragilité de l’existence humaine.

Enfin la dernière notation forme souvent comme une petite clausule, refermant le poème sur lui-même, faisant de chaque poème un objet ciselé qui concourt à la beauté du recueil, édité chez LansKine.

Barbara Le Moëne

Entretien avec Jean Antonini

Entretien avec Jean Antonini

Jean Antonini

né en 1946, vivant à Lyon depuis 1980, s’engage dans l’écriture comme activité de recherche. A enseigné la physique, aime partager l’écriture, anime des ateliers. Il a écrit des textes en compagnie d’amis artistes ou photographes. Captivé par le haïku, a publié plusieurs recueils, et deux livres collectifs. Coprésident de l’Association francophone de haïku, rédacteur en chef de la revue GONG.

 

Photo de Danyel Borner

Bibliographie

– Cent deux haïgas, avec Roger Groslon, éd. unicité, Paris, 2019 (haïku)

– D’un champ à l’autre, avec Véronique Dutreix, éd. unicité, Paris, 2016 (haïku)

– Au creux de nos gorges, avec Hélène Boissé, éd AFH, Barjols, 2014 (haïku)

Cascade du futur, Ban’ya Natsuishi, 100 haïkus traduits du japonais avec Keiko Tajima, éd. L’Harmattan, Paris, 2014 (haïku)

Chou hibou haïku, Guide de haïku à l’école et ailleurs, Collectif, direction,  ALTER-éditions, Lyon, 2011 (haïku)

Hé ! géranium blanc (français, anglais, hollandais), ‘t schrijverke, Pays-bas, 2010 (haïku)

Ternes, trad. en roumain par Teodora Motet, ed. Amurg Sentimental, Bucarest, 2010 (haïku)

Ses mèches de cheveux blancs, Jean-Pierre Huguet éditeur, St Julien Molin Molette, 2009 (prose)

– Mon poème favori, dessins de Victor Caniato, traductions de Richard Bateman, Aléas éditeur, 2007 (haïku)

– Ipse fluvio, dessins de Roger Groslon, Aléas éditeur, 2006 (prose)

Chemin de temps, avec Roger Groslon, livre d’art autoédité, 2004 (poésie)

Anthologie du haïku en France, collectif, direction, Aléas éditeur, 2003 (haïku)

Journal de corps, La bartavelle éditeur, Charlieu, 1998 (prose)

Ternes, La bartavelle éditeur, Charlieu, 1994 (haïku)

Exercices sensationnels, éditions Eliane Vernay, Genève, 1987 (haïku)

Coup de fusil dans la banane, éditions Verso, Lyon, 1986 (poésie)
Haïku, éditions Le Pavé, Caen, 1986 (haïku)

Rien des villes et des champs, éditions Aube, Lyon, 1982 (haïku)

 

Vidéo de l’entretien

Textes d’André Rochedy

Choix anthologique de la poésie d’André Rochedy, avec l’autorisation des éditeurs.

Le choix des poèmes a été réalisé par Geneviève Raphanel.

 

Bêtes à rire et à pleurer, éd. Magnard, 1994 et poche 2001

 

Hibou qui vois dans le noir

As-tu vu le tamanoir,

L’élan, le loup, la laie, le loir ?

 

Hibou qui vois dans la nuit

As –tu vu le  Mistigri

le gros, le grand, le gras, le gris ?

 

Hibou n’a rien vu du tout

Hibou a fait les yeux doux

à la chouette d’en dessous.

*

Lorsqu’elle s’est enfuie

la nuit

blessée par la pointe du jour

lorsqu’elle s’est enfuie

la nuit

dans son manteau d’oiseau de velours

Elle a laissé

À la lisière

De la lumière

Une petite chouette

Aux yeux béants de peur

que j’ai rassurée

Dans le noir de mon cœur.

*

L’ogre avait beau manger

par mille et par cent

les tout petits enfants

il avait toujours faim

de tendresse.

*

Mais qui a pris la taupe douce

par la main ?

La taupe de satin

qui l’a conduite vers le matin ?

La taupe qui s’ennuie

qui l’a fait sortir de sa nuit ?

La taupe cachée dans le noir

du matin jusqu’au soir,

la taupe de velours

qui l’a fait monter vers le jour ?

Mais qui a pris la taupe douce

par la main

pour la mener vers la lumière ?

*

Sur les bords du Nil

le crocodile

sourit

Dans ses souliers de cuir verni

le père Noël a mis

deux vraies larmes

de pluie.

*

 

C’est vrai que j’ai un cœur de pierre

a dit le loup à sa commère

cela me peine et certain jour

j’en ai le cœur

bien lourd.

*

A l’extrême pointe

de l’étoile

du berger

la petite ourse

regardait disparaître le soleil à l’horizon.

« Mère Grande Ourse, Mère Grand,

je ne le vois plus.

-Penche-toi un peu plus

ma chérie ».

Et la petite Ourse

bascula

dans la nuit.

 

Noctuaire, éd. Chambelland, 1987.

 

Chaque nuit il marchait

à la lisière du royaume

le vent déliait les collines

la mer entrait aux prairies

des oiseaux parlaient

dans les chambres du rêve

Au chant du coq il glissait

sur le versant de sa peine

dans l’amertume des menthes

*

Descendons au jardin de nuit

perdre nos ombres

ô mon amour

et donner la main à nos songes

 

Les mensonges laissent aux lisières

leur peau fripée et de serpent

 

Veiller plus tard que le sommeil

disait la voix si humaine

*

Cette porte verrouillée

où veille la voie

du violoncelle

la nuit la pousse

forte et tendre

l’archet va de l’étoile

à la fleur

et l’ombre ne bouge

suspendue

au chant des mains

jusqu’à l’aube

immortelles

*

Sa voix me tira de l’ombre

où je dormais du sommeil des lierres

et me guida

sur le penchant de l’embellie

dans la miséricorde des bêtes

Les vergers taisaient l’espérance

Au cœur des femmes s’amassaient

cris de sel et de voyage

la joie montait

plus vite que la mer

*

Si lourdes

aux mains de l’espérance

les grappes noires du sureau

Sur le visage unique

tu ramènes la nuit

comme le drap des morts

*

Il n’y eut d’autre signe

que la chute d’un ange

dans un pré d’avoine folle

et les mains furent tachées de lune

par les vergers de sel

les soldats emportaient des madones

maladroit

un enfant repliait son linceul

*

Si périlleuse la traversée du matin

par les herbes humbles

la lumière en toi

comme un cri

enfant perdu dans la gorge des colombes

avant de boire à même l’allégresse vive

tu te sens nu et promis à mourir

*

D’autres yeux

par mes yeux regardent

ouvrent le chant de l’oiseau

habitent la nuit de l’arbre

dérobent le visage innommé

les mains sont nues

de l’enfant d’hier

*

Et celle qui penchée

à la plus haute tour

a vu surgir de l’ombre

les chevaux de lumière

et les Anges jumeaux

berçant un enfant mort

s’étonne de la douceur

de ce jour de colère

et du cri de son âme nue

dépouillée de la peur

*

Tu es dans les yeux

qui tiennent l’ombre

Nomme sans peur

le visage de feuilles

La voix sur les morts

est une aile d’oiseau

Un ange inconnu

partage la douleur

Oh le bruit d’enfance

de la mer qui se fend

 

Descendre au jardin, Cheyne éditeur, 1987, rééd. 1992 (premier prix des lecteurs lire et faire lire 2003)

Descendre au jardin

pour l’arbre à mémoire,

les feuilles savantes

couchées sur vos mains,

le visage d’ombre

délivré des ronces,

pour le cri posé

sur le toit du ciel.

*

Rien ne bouge au jardin :

Ni l’eau ni la rose

Ni la peur ni le vent

Ni l’ombre appuyée à ton bras.

 

Toi seul a vu

si haut si haut

à la pointe du tremble

la danse folle des feuilles.

*

« Je veux boire,

je veux manger »,

criait l’enfant en colère.

« Donnez-lui d’abord à rêver »,

dit mon père

*

Parfois s’ouvre une fenêtre

dans la muraille fermée :

Il y vient un visage

grave comme dans les portraits

et dont les yeux vous suivent

jusque dans votre sommeil.

*

La nuit poussera la barrière,

un chien en songe

parlera d’un maître

aux mains bruissantes d’oiseaux.

Dans le champ des étoiles

les enfants glaneront

des poignées de paroles

pour la veillée très longue.

*

L’aveugle traversant le jardin

a chanté une chanson

triste et douce.

 

Le refrain, je m’en souviens,

disait ainsi :

« Si le malheur frappe à ta porte,

Accueille-le comme un ami. »

*

L’un conduisait son troupeau

lorsque la mer vint le prendre,

l’autre épluchait des châtaignes

près de sa mère vieillie.

Ni femme ni chien

N’ont levé la tête.

il n’y a eu

que la caresse de l’ombre

sur des yeux endormis.

*

Il avait si peur de la nuit

qu’il courut s’abriter

dans le verger

et la nuit le suivait.

Il sauta le ruisseau,

traversa la forêt

et la nuit le touchait.

Il se blottit dans le gîte d’un lièvre.

Tout près, tout près,

la nuit contre lui tremblait.

Il s’enferma dans le bleu d’une étoile,

dans le cri d’une effraie

et tendrement la nuit l’embrassait.

 

Alors, il ferma les yeux à demi

et la nuit fut en lui.

*

A Christophe

Ils auront beau

peindre des sens interdits,

élever des barrières,

planter des barbelés

et murer leurs frontières,

après chaque traversée de nuit,

mon enfant voyageur,

tu entreras dans l’aube

ta vraie patrie.

*

ces visages qui tremblent

aux miroirs des fontaines

ne les cache pas

ne les nomme pas

ne les oublie pas.

*

A Laurence

Dans la gorge des oiseaux

il y a des mots

qui roulent

rouges et doux

comme des soleils

d’extrême-enfance.

 

D’un passage d’oiseaux, l’arbre à paroles, 1990, rééd 2005.

 

Les images sur l’eau

sont l’enfance

des îles

*

Il ne faut pas avoir peur

les images s’échappent

des paupières de cendres

l’herbe folle avance

vers sa guérison

Celle qui porte l’eau

s’allège de son âge

Dans la voix nue des amants

le jasmin se glisse

comme un voleur

 

On tient le temps aux frontières

*

Haute chambre du soir

où le silence monte

comme une fumée bleue

 

l’âme est seule

 

un ange replie

l’échelle de lumière

*

un visage se penche

sur l’eau vivante du sommeil

et c’est tant de douceur

pour l’homme qui repose

le front contre le ciel

ce regard que perdit la mémoire

en amont de la première blessure

*

Nomme le monde en sa lumière

quand le jour est sans hâte

derrière l’eau du feuillage

 

Dérive lente du désir

Les voix se posent ensemble

comme un couple d’oiseaux

*

Un verger glissait vers le soir

des pas s’inventaient leur neige

à distance des dieux

 

Dans les villages

quelqu’un mourait

pour sauver l’aube

*

Et maintenant

seul

parmi ses gisements d’étoiles

le découvreur

aux gestes de fable

 

Mains pauvres

tenant très haut la lampe

pour les voyageurs

des étroites vallées

*

à voix basse

désormais

les saisons deviennent immenses

la mer remue

dans les salles du palais

Ombres sur la parole

un soleil s’achève

la nuit déjà

touche à la nuit

*

Ce sont enfants perdus

Ils dorment sans visage

les chemins descendent

au fond des puits

les caves regorgent d’étoiles

 

ils dorment

le visage enfoncé

dans la nuit

Ce sont enfants perdus

Qu’un bruit de source

rend à leur terre

*

Entre la vague et nous

les falaises de l’absence

le cœur a versé

dans l’azur des chemins

le cyprès délivré

brûle un ciel de visages

et c’est comme un souffle

de femme endormie

cette mer qui respire

en la chambre étrangère

presque au bord de nos mains

 

 

Fils du soleil, l’arbre à paroles, 1991

 

Les poètes de sept ans

dans le grenier des maisons seules,

allongés au milieu

des pommes éternelles,

ferment les yeux pour voir

ce que voient les aveugles.

*

Et soudain il a peur.

De son regard naissent

tant de merveilles.

-Si les mots ne pouvaient

les nommer ?-

Alors il s’enfonce

dans la forge éclatante

où il va marteler

une langue-soleil.

 

Pluie d’or

sur les mendiants de paroles

perdus dans l’arbre

des constellations.

*

L’étoile monte

dans le ciel paisible

comme un oiseau de joie.

Il faut partir,

les routes sont blanches,

le monde va s’ouvrir,

il suffit d’avancer.

*

Qui n’a jamais marché

au chant du coq

sur la route

encore poudrée d’étoiles,

qui n’a jamais senti

sous ses pieds nus

frémir le chemin

comme chevreau de fête,

celui-là ne sait pas

qu’aux secrets chercheurs d’aube

le monde et promesse.

*

Si haut,

le jour est source bleue.

les danseurs aux couronnes de flammes

éveillent les vieux royaumes,

un ciel enfant

étrenne ses oiseaux de fête,

la joie va lentement

entre l’ombre et l’éclair.

 

C’est en fils du soleil

qu’il entre aux villes blanches,

libre, humble, vainqueur.

*

Il est tombé comme un ange

ou comme l’oiseau vertical

que désigna la foudre.

Il se traine à genoux

dans le pré d’herbe pauvre

où les mots triomphants

sont des soleils éteints

et c’est en vain qu’il appelle

par leur nom de lumière

ses constellations,

sa langue s’est faite étrangère,

il parle à présent

à voix d’exilé.

*

Voilà rendu l’enfant prodigue

à son pays de faim.

La beauté peut-elle mentir

et la mémoire du soleil ?

Ô infinie patience !

Ô mains de paysan !

Il a couché les mots en terre,

les vraies défaites sont de demain.

Dès l’aube il gravira

la montagne de cendres

jusqu’à l’aigle en majesté.

A l’arbre mort il naîtra

des bourgeons de feu tendre;

sur le versant

le monde recommence,

la vraie vie est de l’autre côté.

*

Ils ont assis leur vie

sur des chaises de plage

ou des trônes de cuir

le long de la rue des saisons.

Ils regardent sévères

le voyageur qui passe

cherchant le gué de l’horizon

et condamnent son air

d’immortelle jeunesse.

 

Ils ne savent pas que partir

c’est laisser son âge

aux buissons de la route

comme une vieille peau d’hiver.

*

Maintenant,

il quitte les plages d’Europe

comme un homme

qui a fini sa journée.

Le désert l’enferme

En son chant de sel

et de flammes,

Ô l’œil unique du geôlier !

Les soirs visités de mirages,

il longe la flaque noire

où vogue incertain

le bateau de l’enfance.

*

Il ne nous a pas quittés.

Du fond de l’hiver

Il vient

près de nos vitres aveugles

et sous son souffle s’envole

leur broderie de gel.

 

Échappée d’infini

où quelques-uns veillent

comme aux plus hautes fenêtres.

 

Par le violet des roses, Cheyne éditeur, 1992

 

Bâtisseurs pacifiques étageant dans les siècles au flan des vallées d’innombrables terrasses comme des marches vers le ciel.

Qui se souvient du pas des dieux ?

 

*

Une vie à attendre la fonte des neiges et la levée des seigles, la venue des jonquilles et des enfants. Une vie à attendre que recule la fatigue, que l’ombre du tilleul couvre la cour, le toit, le cœur.

 

*

Assise devant l’hiver, l’aïeule ne regardait plus tomber la neige. Un calme cheminement la menait en elle jusqu’à la chambre où il fait bleu.

 

*

Voyageurs immobiles que la lumière changeante porte jusqu’à l’horizon et qui, au seuil de l’ombre, tournant vers nous leur pauvre sourire, disent si bas qu’ils nous aimaient.

 

*

Et maintenant que tombe la nuit, nous sommes pareils à ceux qui n’ont plus de nouvelles et qui laissent ouverte la porte de leur maison.

 

*

Du même pas, les bêtes et l’homme s’en retournaient à leur maison. Une femme couchait les draps blancs dans le pré. Doucement s’éloignaient les lisières.
En attente, les seigles du soir.

 

*

Ce fut ainsi vers le couchant : l’invisible approché par le violet des roses et le chant pauvre de l’eau.

 

*

Un battement de paupières, la frontière était traversée et c’était comme en rêve la marche vers l’autre versant.

 

*

L’eau du soir garde les visages.

Comme la lumière ils ne vieilliront pas.

 

 

L’homme descend du songe, les petits bleus du buisson ardent, 1992

 

Toujours le martin prêcheur sermonne l’oiseau souche

 

*

Le bouc émissaire ne meurt jamais en odeur de sainteté.

 

La brebis galeuse doit garder ses boutons.

 

Même le plus têtu peut trouver l’âne sœur.

 

*

Pour faire le tour du bonheur, ralentir dans les virages.

 

Les vrais amoureux se jettent de la foudre aux yeux.

 

Il fait vraiment la paix celui qui fond en armes.

 

*

Si tu tiens à ta peau, jamais tu ne mueras.

 

Les orphelins rêvent dans la salle des papas perdus.

 

Le grand méchant laid casse toujours du sucre sur le beau.

 

 

 

Le chant de l’oiseleur, Cheyne éditeur, 1993, rééd 1999

 

Et maintenant

tu entres dans le matin

comme dans l’eau de la rivière.

L’herbe et encore nue,

un peuplier veille

ses paroles fragiles,

une colombe monte aux fontaines

à longs cris de douceur.

*

Heureux celui qui

de l’aube ne garde

au fond de lui

qu’un peu de bleu,

laissant glisser la lumière

sur le monde

après l’avoir un instant

retenue dans ces yeux.

*

Hérisson, hérisson,

petit frère,

celui qui  jamais n’a connu

le velours de ton ventre

ne sait rien de l’univers.

*

C’est de ta soif

que naît la source.

 

Ainsi commença la mer.

*

Il ne dira rien

du vol inexplicable

celui qui revient

de la patrie des oiseaux.

 

En lui cette lumière

dont va durer le jour.

*

Ainsi toutes choses voyagent,

les yeux, les ailes,

l’arbre,  le vent,

les vieux soleil

qui montent vers leur enfance

et dans son clos d’abeilles

l’homme immobile

qu’emmènent les saisons.

 

Dans la mémoire du jour, l’arbre à paroles, 1996

 

Corps si lourds d’être perdus dans l’herbe haute. L’un après l’autre, ils quittent leur maison et c’est comme s’il n’existait plus de leur passage que la trace d’un appel au bord du silence, le poli au manche de leur faulx.

*

Et moi je viens à vous comme celui qui ne sait plus le nom de son pays. Avec les chevaux s’enfuient les rivières, il n’est jamais monté tant d’étoiles de la mer. Les amis se sont perdus dans l’or du sommeil.

*

En plein ciel l’oiseau se fige comme le dormeur regardé par le froid. Corps radieux mangé de cris, la barque sombre où le bleu se divise. On couvre la mort d’un drap d’enfant.

*

Ciel recousu de paroles fraîches. Un agneau veille le feu volé. Celui qui revient de l’orage désarme les ténèbres, les hommes se souviennent de leur nom secret.

*

L’oiseau traversa la chambre de neige.

Ainsi nous eûmes nouvelles de l’amandier.

*

La lumière invente ses chemins. Au verger, toutes choses légères. L’enfant revient d’un royaume profond.

Souffle doré dans le feuillage, le monde repose sur un chant d’oiseau.

*

Les jours s’en vont en couleurs calmes, une aile de pluie frôle le jardin et c’est comme un silence à l’orée du voyage où le monde retrouve son visage secret.

*

Le bleu du seuil, le geste de l’offrande. Sur la nuit l’image en majesté. Ce qui a disparu ayant brillé si vite. Ce qui dans l’air a vibré.

Ce peu qui nous sauve.

 

Chants de la traversée, l’arbre à paroles, 1999

 

Soir tatoué d’ailes rouges et blanches. Des lampes courent dans la forêt. On ne sait pas ce qui menace ou protège.

Il suffirait d’un repas de côté pour que le chant soit de cendre ou de neige.

*

Au miroir dormant, l’ombre creuse un silence sauvage. On dit qu’il y a des portes qui s’ouvrent sur la mer et qu’en la chambre haute d’enfance, les mots sans patrie délivrent les soleils.

*

Il ne restait qu’une fontaine au fond du jour défleuri et cet oiseau de passage dont battait si fort le cœur.

Fuyant le long des étables, quelqu’un cherchait sa patrie.

*

On ne s’était pas aperçu que le temps glissait comme l’eau d’un fleuve, portant toute chose vers l’extrême couchant et on aurait tellement voulu rejoindre la rive où l’on voyait parfois courir un enfant, dans la lumière d’éternité.

*

Et l’ange qu’ils avaient cloué sur la porte d’une étable les regardait avec une tendresse si espiègle, que ceux qui s’apprêtaient à lui jeter des pierres les laissèrent tomber de saisissement. D’autres, fous de rage, visant le front, lancèrent leur pavé mais soudain s’effaça la tête rayonnante et c’était leur propre visage que les bourreaux écrasaient.

*

On ne savait pas, dans la grande crue du sommeil, jusqu’où serait emportée notre âme et quelle voix nous redonnerait visage quand remonteraient nos ombres noyées.

*

Quelle image établir au cœur des ténèbres et quelle enfance de fontaine pour que la mort, d’un coup, retrouve un visage ?

*

Pour André Schmitz,

C’est une voix dans le jardin. A la fois proche et lointaine, familière et inconnue. On ne sait pas si elle vient de l’eau ou du bleu léger de l’air. Elle ne dit rien. C’est comme un chant, un temps infini de règne.

*

On ne voit pas le visage mais il est proche, à peine caché par un pli de silence. Viens, entre dans la chambre obscure avec le ciel de tous tes oiseaux et ton amour qui tremble.

 

 

Les petites merveilles, l’arbre à paroles, 1999

 

Le joli mois de mai, les petits enfants épellent les premiers mots du cerisier.

*

Rien, ni or ni argent, mais au creux de la main un galet fou de caresses.

*

L’instant doré où tu offres au vent le cerf-volant ébloui.

*

Matin bleu. Les mains comme un nid pour la joie toute ronde.

*

Le coquillage où l’on entend le chant de la mer et la voix des amis.

*

Au bois dormant, un peuplier, tout à coup, parle à voix de rivière.

*

L’heure entre chien et loup, prendre par la main l’ombre et la lumière.

*

Petits riens comme pierres plates pour traverser la vie et la rivière à gué.

 

 

Dans la main du vent suivi de L’ange, la nuit, Voix d’encre, 1999

 

 

Devant le beau visage

du matin,

l’enfant égrenait

des silences.

*

 

Ne coulera jamais

au fond de la nuit

celle qui, sur son épaule,

porte son enfant de sommeil.

*

parfois, le vent

apporte des paroles

qui nous rappellent

une langue oubliée.

*

Laissons le temps

s’essouffler

dans le jardin du monde,

un seul chant d’oiseau

établit l’éternel.

*

Et puis

il y aura

le grand saut

dans la nuit,

nous ne ferons

pas plus de bruit

qu’un petit corps

de plumes passant

dans les branches.

*

Et maintenant,

devant le ciel immense,

nous nous souvenons

des petits frères perdus

dans la nuit ronde

et des bleuets

en pente douce.

La brise emmène

tendrement les oiseaux,

les îles dansent

leur enfance éblouie.

Jamais ne finit le voyage.

*

 

Et cette fille à la fenêtre dont l’ombre s’échappa comme une enfant d’été, qui lui dira les mots de la violette et le songe éperdu des vieux tilleuls aux bras levés ?

*

Une nuit d’été, il y eut un grand ciel de visages, le firmament, vertigineusement, se rapprochait et une foule innombrable se pressa sur les collines dominant la mer.

Ce fut un garçon qui cria le premier :

« c’est moi ! C’est bien moi, j’en suis sûr, je me reconnais ! »

Il se fit alors une immense paix, chacun cherchant son vrai visage, son visage oublié, le cœur battant comme au bord de la merveille.

Puis une femme tendit les mains, un visage venait à elle ainsi que barque lente et ce visage était le sien. Il en fut ainsi pour tous ceux qui attendaient sur la grève.

Et c’était comme si l’enfance leur était rendue, comme s’ils retrouvaient leur place dans la danse infinie des jours et des étoiles.

Ne resta sur le sable qu’une petite fille cachant de ses mains son visage absent et dont le silence fit trembler la terre.

*

Avez-vous entendu, les nuits de grand gel, ce bruit de pas de l’autre côté du monde ?

*

C’est peut-être en songe, nuit immobile, chambre aux murs blancs. Une femme se penche sur le silence comme au-dessus d’un puits et fait le geste des enfants graves qui jettent des pierres dans l’eau changeante pour écouter la voix très noire et ses échos hallucinés.

*

La face de la mort, on la tournera vers le miroir du fleuve.

Elle ne verra rien qu’un grand trou dans la nuit, elle qui s’est inventé un visage d’enfance.

*

Poser les mains sur le visage comme sur un jeune ciel, pour l’infinie présence, l’énigme et le silence léger.

 

 

Règne, Tétras Lyre, 1999

 

Saurons-nous lier nos âmes

Comme tiges d’osier,

Dit l’amante à l’aimé ?

*

Ainsi les mains du peintre

Qui tendrement retiennent

Les signes au bord de l’ascension.

*

C’était une saison

Où les roses et les mots

S’ouvraient ensemble.

 

L’enfant du songe, l’arbre à paroles, 2001

 

Le cerisier remontait

la rue des dimanches,

une femme recousait le vent,

les choses venaient

comme une neige lente.

Quelqu’un parlait en nous.

*

C’était vers le couchant,

La rivière prêtait sa voix aux feuillages,

les mésanges brassaient

les couleurs du sommeil,

un souffle léger berçait le silence.

 

Et doucement venait

l’enfant du plus beau songe.

*

Et celui qui revient

aux premiers oiseaux de sa vie,

à la tendresse du vent,

aux présages des sources,

entre sans bruit dans son enfance

et donne son chant nu en partage.

*

Dis à ton cœur

de ne pas battre si vite,

les lilas blancs surgiront des ténèbres

et il se fera un grand calme clair.

*

Vous en souviendrez-vous ?

les heures glissaient

dans leur berceau de lumière,

la barque descendait les saisons,

les bleuets surgissaient

dans les miroirs de l’aube,

un chant de règne délivrait les ombres.

 

Et quelle allégresse

pour ceux qui avaient marché

loin !

*

La mort ne rôde pas

aux pays des fontaines,

le vent fidèle

garde les frontières.

Et dans le noisetier,

il y a un enfant qui rit.

*

Marelle tracée

à la craie blanche et rose

par une main d’enfant,

la première pluie l’effacera.

 

Ainsi nos voix, ainsi nos ombres.

*

Un cri nocturne

efface les frontières,

le fleuve emmène

les couleurs, les visages.

On ne fermera pas

les yeux de la lumière,

peut-être aurons-nous

appris à mourir ?

*

Un cheval doux

passe dans l’automne,

nous nous en souviendrons

quand il faudra partir.

 

Ma maison, c’est la nuit, Cheyne éditeur, 2002

 

Elle sait le feu, l’ombre qui bouge dans l’image, la neige par des doigts d’enfant dépliée. Elle dit qu’il faut garder un lys pour l’orage. Elle dit qu’en son pays les arbres regardent loin.

*

Il suffisait de tendre la main vers le buisson de roses pour qu’une autre main, plus légère, s’y pose, la prenne.

*

Soir de juin. Comme une petite fille espiègle, elle veut boire à même la lumière et ne sait pas que le monde, un instant, a tremblé au creux de ses mains.

*

Sans hâte, elle revient de la nuit et du haut de l’arche balancée, elle regarde rouler le soleil dans les jardins ouvriers.

*

Il fait nuit noire. Elle veille dans la chambre immense, un enfant vient d’appeler. « J’ai peur de mourir, dit la petite voix, cache-moi dans tes yeux. »

*

De ses mains qui dansent, elle tisse une à une les secondes de silence.

C’est sa manière à elle de tirer la langue au temps.

*

Tu sais, si tu m’oublies, tu ne reconnaîtras plus jamais ton visage.

*

Du fond de ses rêves, un mot surgissait comme un oiseau qui cherche le soleil.

Elle entendait jouer à la corde à sauter.

*

«  Ne crois pas que la mort sommeille, dit-elle, même si elle penche un peu la tête et cache ses yeux. La mort ne dort jamais. »

 

Des étoiles dans mon sac à pain, in Au jardin des poèmes, La petite maison de poésie, 2002 (prix de la jeunesse)

 

Un miracle frappa à ma porte

Je le fis entrer :

il réclama du thé,

une chaise supplémentaire

pour ses vieilles jambes…

Et il s’endormit là,

jusqu’à ce que des marguerites

lui téléphonent

qu’elles avaient bien retrouvé

le paradis.

*

Elle marche pieds nus

dans les herbes hautes du temps,

la petite fille qui pousse une à une

les portes de la mémoire.

*

Deux petits cailloux blancs :

cela suffit

pour une étincelle

*

J’ai mis ma tête

sur mon chapeau

haut de forme

et je me suis cogné

à la première étoile.

*

Quand l’écolier s’attarde

à regarder l’oiseau voler,

c’est le chemin

qui bat des ailes !

*

Assis au bord de la rivière,

l’arbre et le vieil homme

voyagent

plus loin que le souvenir.

 

Les petites peurs, l’arbre à paroles, 2007

Peur de la main de l’ogre quand je laisse pendre la mienne hors du lit.

*

Peur que la chair de poule me fasse froid dans le dos.

Peur du vent du nord quand il vous fait la bise.

*

Peur du vent qui a appris mon nom.

*

Peur que le hérisson se glisse dans mes draps pour faire des travaux d’aiguille.

*

Peur quand je cherche la petite bête de tomber sur une grosse.

Peur, si d’effroi mes cheveux se dressent sur la tête, d’être coiffé comme un huron.

*

Peur que le miroir emporte mon visage de l’autre côté.

*

Peur que l’on aille me perdre dans la forêt sous la lune édentée.

Peur des yeux inconnus qui entrent à pas de loup dans mon sommeil.

*

Peur, en me perdant dans mes songes, de ne pas trouver la sortie.

 

Chant à deux voix sur la cène de Kijno, inédit co-écrit avec Geneviève Raphanel

 

Nuit. Nuit jusqu’aux os. Bouche noire fouillant le cœur. Vergers brûlés de ténèbres. Forme d’archers et d’oiseaux. On crie dans les campagnes. Soldats clouant aux portes des étables femmes douces de lait. Voici l’heure où le masque dévore le visage. Une main aux doigts de cuir retourne les morts. Qui délivrera de leur antre les chiens de la peur ?

Meute hallucinée et son souffle de cendres. Ordres. Cliquetis d’armes. Mufles sur les berceaux. Jamais ne fut perdue la trace depuis la nuit des Innocents. Crocs silencieux autour du village. Celui que l’on cherche a dormi sous le figuier. Dans les yeux d’une mère, l’ombre s’élargit comme une tache de sang. A voix basse un homme dit : «je ne serai plus longtemps avec vous. »

*

Visages levés d’entre les ombres. Yeux dévorants. Le silence resserre ses mains très noires. Arbre en neige, jusqu’aux plus hautes branches sève de douleur. Qui marcha sur le lac s’éloigne en eau profonde. Précipitée dans le puits l’étoile jonglée en si douces paumes.

Songe cruel aux salves de lueur. Sur un voile s’inscrit la femme torturée. Fous enragés à tresser leurs épines. Femmes. Ô femmes. La haine hurle aux yeux des chiens. Les chasseurs soufflettent le lys. A déchirer l’azur, mâchoires affairées. Le rire fraye un chemin à la muette lame. Ô chair mordue de barbelés, la mort va ceindre la couronne.

*

 

Dans le ciel tourne, immense, la roue des suppliciés. Les petits de la morte ont visages d’icône. Astres garrottés par des cordes de chair. L’épée ouvre le rêve comme un ventre de mère. La folie se vêt de limon. Du fond des âges, un homme vient qui porte au flanc plaies de lumière. Sur son passage, tout un peuple s’arrache aux trous de la nuit et se dresse, terrible de douceur. Ensemble, ils lèvent leurs mains percées.

*

Il dit : « Mes petits-enfants » et les habille de matin. Suspendue la fuite du sablier. L’un après l’autre il les regarde. Yeux dans les yeux maintenant et toujours. Une très ancienne douceur dont tressaillent les pierres. Voix qui donne paix, mots qui font silence, semblables aux ailes qui passent sur le visage des dormants. Vertigineusement s’ouvre un espace de faim. Ainsi s’allument les lointains de l’âme.

*

Maintenant il rompt le pain, en donne à chacun une part. Il prend le vin, le bénit et dit les paroles qui remplissent d’effroi : « mangez et buvez, ceci est mon corps, ceci est mon sang. »  Foudre. Une flamme embrase les astres. Ame jetée au plus haut de la lave, un vent de folie soulève l’univers. A cet amour démesuré qui s’ouvrirait sans épouvante ? Ce qui cheminait dans la criée des siècles, ce que, grondant de joie, charriaient les soleils, ce que soufflait l’oracle à l’arbre en prière, un père, ce soir, le dit à ses enfants.

*

En lui, le bien-aimé, yeux clos sur l’épaule du Maître, tout entier il repose dans la blancheur et le silence est sur ses lèvres et le chant est en son cœur. Comme un enfant il s’abandonne à si folle tendresse qui se rit de la faulx. Un souffle ébloui gouverne toute chose. Neige ouvrant neige et moelle de la neige et sommeil de lys. L’espérance niche dans l’œil du naufrage, les jours ne seront pas rendus au chaos, la colombe viendra lancer le feu de connaissance et, en mémoire de celui qui les aima jusqu’à l’extrême, les fils rediront les paroles de faim.

 

 

 

Roland Dauxois, Soleils des Archives suivi de Éloge des ombres, Cosmogone, 2019.

Roland Dauxois, Soleils des Archives, suivi de Éloge des ombres, Cosmogone, 2019.

Quelle belle idée poétique que de dresser les archives de l’émotion et des vibrations du corps et de l’esprit! Chaque fiche, chaque archive est une note neuve qui contribue à la connaissance de ce qui se dérobe.

Ce sont comme les traces d’un dialogue entre soi dans la cage intérieure (j’allais écrire thoracique), que ces questions, ces interpellations, ces pensées, ces regrets, ces dépits, ces illuminations.

La poésie de Roland Dauxois jaillit d’entre les rues, les éblouissements, les ombres, les mouvements, les craintes et les accomplissements, elle emprunte sa langue à la terre, à la nuit, à la douleur et à la chair, à la mort et à la furieuse envie de vivre.

Soleils des Archives est une façon puissante de magnifier la mémoire, surtout celle que l’inconscient a enfoui très profondément au centre même des entrailles, comme un cœur secondaire qui tient la main du peintre et du poète.

Archive emblématique, la 41 : Et tous ces fruits tombés ?/Prenez-les, ils n’appartiennent à personne,/prenez-les avec leurs pulpes, leurs écorces, leurs senteurs./Ces fruits sans patience sondent déjà/les désirs de vos lèvres,/ouvrent des ciels infinis en vos yeux.

Parfois des accents prophétiques, dont heureusement Roland Dauxois n’abuse pas dans ce livre : (archive 100) …quand nous aurons tout oublié/ il nous suffira de tout recommencer,/là où les archives du fleuve/se réconcilient avec celles de la mer.

Et dans l’Éloge des ombres : (75) …De quel effondrement écrivons-nous,/de quel horizon à la sourde vibration/écho d’un monstre double à l’éclatante diction. …

Et heureusement au fond des ombres il y a la lumière : (79) Le poème est une lampe/il nous faut la saisir,/la poser loin devant nos têtes/ afin qu’elle écarte les ombres,/éclaire nos cheminements futurs.

Je lis la poésie de Roland depuis des années, et en même temps je regarde sa peinture. L’une trace un chemin qu’on ne retrouve pas toujours strictement dans l’autre, mais ce qu’il y a de sûr, c’est l’homogénéité de ces deux moyens artistiques chez lui, dont on pourrait dégager quelques traits indubitables : puissance, profondeur, inquiétude, espoir, recherche de la lumière dans l’obscur, patience attentive, fugitive émergence de la couleur, et ça ou là rebellions vite tenues, mais toujours volonté farouche Je marcherai et me relèverai parmi les hommes,…

 

Georges Chich