
Poète et peintre est né à Lyon en 1957, après des études chez les frères maristes, il exercera différents métiers dans l’industrie des arts graphiques, jusqu’en 2018 chargé de mission des éditions touristiques à la région Rhône-Alpes. Il suivra les cours de dessin et de peinture de l’atelier jean Dulac à Lyon. En 1975 sa rencontre avec le peintre et écrivain Jean Raine influencera durablement son travail. Il publiera dans différentes revues poétiques : Friches, Sezim, N4728, Diptyque, Verso, parution dans la revue de poésie internationale de la Sorbonne en 2013, dans le premier numéro des carnets d’Eucharis ainsi que dans la revue L’écharde en 2018. Depuis 2022, il collabore à la revue Matières à penser (essais sur l’histoire de l’Art) et anime un centre d’expositions dans la région lyonnaise.
Expositions individuelles
Château de la Salle Lantignié Département du Rhône 2022
La Cave Littéraire – dialogue pictural avec Georges Mérillon 2014 et Henri Meschonnic 1999
Clinique du Parc Lyon 2013
Grand hôtel Concorde Lyon 1998
Mairie centrale Lyon 1994
Galerie Jean Dulac Lyon 1986
Université Lyon II Bron 1983
Expositions collectives
Salon d’Automne Société Lyonnaise des Beaux-Arts Lyon 1991
Salon d’Automne Lyon 1983
Salon Regain Rencontre des arts (membre du jury et responsable publicité) 1980-1984
Recueils :
Polyphonies nocturnes Éditions du Cosmogone 2023
Glace et Forge Éditions du Cosmogone 2021
Silex – Pensées notes et aphorismes Éditions du Cosmogone 2019
Soleils des archives suivi de Éloge des ombres Éditions du Cosmogone 2019
L’Unique veine éditions du Vampire Actif 2007
La veine secrète les Paragraphes littéraires de Paris J-M Martin 1977

Soleils des Archives
suivi de Éloge des ombres
2019
Éditions du Cosmogone Lyon avril 2019
ARCHIVE 17
Écoute pendant qu’il est encore là
ce temps de noces heureuses,
écoute avant de partir,
avant de voir grandir ton ombre
sur des façades taguées,
avant de connaître la fatigue,
la nuque qui accepte la douleur,
ce corps qui refuse d’aller
là où veut le conduire la tête.
Écoute, tu emporteras en ton bagage
un peu de cette terre bien grasse,
un peu de ce sable qui se disperse si vite,
un peu de cette herbe aussi
qui souffre tant sous nos pieds,
beaucoup de cette musique
qui fait vibrer les cœurs et les vitres.
Tu emporteras aussi des livres,
beaucoup de livres,
car là où tu vas on lit si peu,
tu emporteras des torrents, des cascades, des fleuves de paroles,
car là où tu vas ils n’ont jamais appris à parler,
tu emporteras aussi les mémoires des morts,
toutes les histoires de nos morts,
car là où tu vas ils n’ont jamais su vivre.
ARCHIVE 54
Je vous ai vu comme un navire
échoué sur le continent du désordre,
voyageur perdu en sa quête de miséricorde,
je vous ai vu homme sur un banc de pierre,
tête dénudée, nuque plongeante.
Je vous ai deviné :
la rage au cœur, esprit assiégé, corps tordu,
je vous ai vu et je vous ai aimé le temps d’une fatigue.
ARCHIVE 55
Notre prison est si haute
qu’elle côtoie le monde des oiseaux.
ARCHIVE 60
J’ai connu ces nuits où nous cherchions ensemble
ces lignes invisibles qui nous reliaient aux étoiles,
j’ai connu ces nuits où le mystère nous était donné
avec l’évidence d’une fleur qui s’ouvre.
ARCHIVE 90
De grandes forces s’affrontent,
elles se sont toujours affrontées,
toutes ont leurs victimes et leurs bourreaux,
toutes ont leurs idoles.
Les entendez-vous ces troupeaux qui avancent ?
Ils portent leurs fièvres et leurs peurs
comme des étendards,
leurs larmes sont leurs cris,
et leurs cris sont de vaines alarmes,
leurs yeux pleins d’effroi
racontent tous la même histoire.
Les clameurs qui s’élèvent
ne sont jamais guidées par la raison
et l’esprit pour survivre
doit se garder des vacarmes.
ARCHIVE 100
Quand nous aurons vendu notre corps à tous les diables,
cédé les domaines de nos rêves,
quand nous aurons oublié jusqu’à ces mains
qui n’ont jamais oublié les nôtres,
quand nous aurons largué toutes les amarres,
tout ce qui nous retient ici-bas sur ces rives violentes,
quand nous nous serons défaits de l’emprise de nos peaux
marquées par les stigmates du désir,
quand nous aurons oublié la faim et la soif,
quand nous aurons tout oublié
il nous suffira de tout recommencer,
là où les archives du fleuve
se réconcilient avec celles de la mer.
Éloge des ombres
23
Nous avons aimé un passé
qui avait goût d’avenir,
nous avons aimé cette chair,
cette figure, cette grâce,
nous nous sommes épris tant de fois
d’ombres aussi légères que fugaces.
Nous avons aimé tant d’étoiles
qui avaient fait vœu d’obscurité,
nos têtes se sont nourries
de si abondantes sèves,
plus d’une fois nous avons voulu
arracher nos racines,
mais nés de la tourbe
nous ne pouvions renier l’argile.
Un pas de plus et nos têtes saluaient l’éclair,
nos ventres s’ouvraient aux troubles signatures :
paysages charnels des miroirs,
spectres de parade,
escortes fidèles en des édens de plâtre.
Un pas de plus et nous étions seuls
au milieu des sépulcres,
des forêts de ciment,
des grimaces de pierre,
dépouillés de tout, pillards pour tous.
Nous étions ces animaux sombres et fiers
livrés aux arènes des hommes,
ces grands vaincus devant la multitude,
nous étions ces insurgés à la parole haute
aux rêves trop grands pour ce monde.
75
De quel effondrement écrivons-nous,
de quel horizon à la sourde vibration
écho d’un monstre double à l’éclatante diction.
De quelle faille, de quelle flétrissure,
parvenons-nous à nourrir nos ventres
afin qu’ils rendent en quelques vomissures
ces brouillons d’éternité, ces ratures.
Nos chairs toutes sorties du même enfer,
du même chaos de ferraille,
en ces décharges de têtes nues,
de cœurs rudimentaires.
Avons-nous trop parcouru cette ville
où des ombres aux balcons
saluaient à gestes lents
la grande foule des tortionnaires ?
GLACE ET FORGE
2021
Editions du Cosmogone octobre 2021
1
Brûlots sur nos terres,
crachats en nos yeux,
colères dans nos bouches,
nous avons confié nos souffles à la mer,
elle a recraché la pauvre écume de nos os.
Comment pourrions-nous, trouver
la force de dire toutes les plaies du monde,
les douleurs des affamés,
l’invisible souffrance des cœurs dévastés,
quand tous veulent ligaturer nos membres,
et arracher notre langue.
Comment pourrions-nous
accéder à la magie de l’enclume
alors que nous ne parvenons plus
à suivre le rythme de la forge ?
28
Je suis en ces temps de faïence
d’une fragilité de murmure,
ma parole est ma sueur,
je bouge suivant mon cri,
ma langue est une image
aussi folle que passante,
j’aime m’oublier en vous,
j’aime aussi ce que le temps me refuse.
Mon corps traverse un monde
devenu aussi étrange que fourbe,
j’arrache au passage un peu d’air,
je m’encombre, me dénombre,
il est un peu tard pour désenclaver l’ombre.
35
Redonnez-moi la puissance
des éveils impossibles,
la jouissance de la terre,
le souffle, l’arrogance du verbe,
la résurgence des grands fonds,
des abysses, des cavernes,
redonnez-moi la beauté,
rendez-moi la fougue de la langue,
la lenteur des nuages.
36
Sentir ce long glissement,
accepter de rejoindre,
là où tout peut encore se confondre
sans perdre cette parcelle de vie,
cette note parfaite sur la corde
qui annonce les fiançailles éclatantes du jour.
37
Un soir vous vous êtes égarée,
ombre penchée dans cet escalier
avec toute la grâce des cygnes
qui connaissent la cruauté des rivages.
38
Il y a peu du ciel au réveil,
le corps cherche son souffle,
cherche la lumière ;
celle qui cisaille l’obscurité,
ouvre d’un coup une brèche inespérée.
49
Ils ont dressé encore un mur,
vous verrez qu’ils en dresseront un
à l’intérieur de notre bouche,
à l’intérieur de notre crâne.
À seule fin de ligaturer notre langue,
de coudre notre bouche,
de nier jusqu’à notre nom d’homme.
51
Ami, je ne vois en nos histoires
que des encriers sans plume.
Ami, que sommes-nous devenus
que ces visiteurs défaillants
écrivant pour les seuls oiseaux.