Prendre souffle de Françoise Coulmin, La feuille de thé, 2015, prix international de poésie Antonio Vicario 2012.

C’est pour prendre souffle, à la dernière seconde, que Françoise Coulmin nous invite à plonger dans ces pages où l’apnée est recommandée, parce qu’il va falloir maîtriser un bon moment sa respiration, une cinquantaine de pages, car les mots et les poèmes s’enchainent vite, implacablement, ne laissant rien de côté, ni les misères, ni les outrances, quoiqu’on ait été attiré d’emblée par une sorte de grand calme, une illusion d’étendue lisse de l’eau, mais au-delà vont les remous,

Se souvenant des meurtres des rouges gorges

Qu’est-ce qui pousse le lecteur, cette insondable nostalgie/née de la confrontation/de ces abîmes de ciels d’été/avec cette soif de l’Ailleurs, à poursuivre son chemin de lecteur parmi les interrogations sur les souffrances/du séparé/du lapidé du violenté/de l’incompréhensible misère/et de l’obscurantisme, est-ce cette colère qui suinte des pages, est-ce le souffle affermi de la parole, souffle réduit au mutisme/si épuisé par l’halètement/d’un vécu oublié,… des scansions haletantes…, pulsations dangereusement emballées… est-ce de voir défiler comme sur la lampe magique les scènes, tout ce que ce siècle/avare de sa prospérité/donne assène confisque, est-ce un désir à tout prix/de résister de subsister/ce vieil instinct étrange… ?

Les pages tournent dans l’attente/de l’impensable probable, car le rythme impulsé est affolant, des berceuses/des cris de liberté, dans ce fatras mêlé aux sourdes attaques de la perversité meurtrière, le lecteur est saisi de vertige sous le carrousel des mots de l’autrice, c’est comme dans la vie, ça ne s’arrête pas, les soupirs percutent les enchainements, la gorge cherche l’air, et heureusement qu’il y a des pauses parfois, terrible loi de plomb/mais avec en sourdine et explosions/une musique intime issue des profondeurs/qui s’élève insouciante/irrésistible comme l’appel du merle aux temps d’amour.

Dans l’arrachement

la puissance

l’impuissance

C’est un livre puissant qu’a offert Françoise Coulmin au lecteur essoufflé.

Georges Chich

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