Odile Nguyen-Schoendorff, Une année sans Martin, Éclipses, Jacques André éditeur, 2018.

Bien énigmatique cette Année sans Martin. Martin c’est Martin Heidegger que l’auteure agrégée de philosophie n’a choisi d’abandonner dans des tiroirs qu’après que la polémique récente ait installé le fait que le philosophe allemand avait sciemment adopté le nazisme. Se libérer de Martin, ce serait aussi se dégager des démons familiers qu’Odile Nguyen-Schoendorff a décidé d’étaler sous les yeux du lecteur : les souvenirs lancinants, les cauchemars, mais aussi les rêves qui tournent dans sa tête comme des farandoles mélancoliques.

Ce recueil de textes est une somme des expériences de vie qu’Odile Nguyen-Schoendorff a voulu mettre en poésie tout au long du temps, L’écriture c’est passer outre son passé/thaumaturgie du scarabée.

Cette poésie est comme un vin trop fort qu’il faut boire lentement malgré l’amertume et l’acidité.

Odile Nguyen-Schoendorff ne cherche pas à épargner le lecteur peut-être parce qu’il s’agit de tenir à distance le cercle menaçant des figures qui la hantent.

Elle a d’ailleurs choisi de joindre à ses poèmes des reproductions de son frère Max, qui a semble-t-il occupé une part importante de son espace mental. Dans ces tableaux il y a du Bosch surréalisé sans les dictons et la morale, brut de reliefs oniriques faits de fragments accolés, enlacés, pressés, bouffant d’un chromatisme flamboyant.

Chez elle l’intérieur est plus sombre et si elle ne parvient pas à se débarrasser totalement des images bouleversantes qui peuplent sa pensée, elle semble avancer plus tranquillement vers une introspection plus lucide et sans égards. Le classicisme des formes marque une base dans les œuvres de la poète et du peintre. Odile Nguyen-Schoendorff, elle, à des réminiscence de poèmes qui ont bercé ses solitudes. Elle joue d’ailleurs avec les vers sans jamais perdre le fil de ses dépits, attirée par les facéties des sons et par l’épaisseur des mots qui l’habitent. Elle chantonne un peu comme ferait une enfant délaissée.

Premier mai

Je n’ai rien dit du malheur/Aux yeux prune/Des arbres roux et roses/Pleurant froides leurs fleurs//Je n’ai rien dit/Des villes dépressives/De la voix enrouée/Des chants/Lourds d’avenir//Je n’ai rien dit de ceux/Qui ne renoncent pas

Merci à Jacques André d’avoir publié ce livre très agréable à regarder, avec une belle qualité des reproductions.

Georges Chich

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