textes de Chloé Landriot

La montagne

 

La montagne

Autour

La nuit

 

Je la sais encore et je la désire

Je m’en souviens

Elle échappe

Elle se dresse inaccessible aux mots

Elle est

Je ne peux la saisir à présent

Pas plus que quand je la voyais

 

Voir la montagne

Dit le sage

Ne plus voir la montagne

 

Et pourtant

A présent que je ne la vois plus

Que je sais que pas un mot n’en saurait saisir l’apparence ni la réalité

Dans ce vide éblouissant :

La montagne

 

La montagne et son avance sur la nuit

Quand sur le chemin l’ombre fraîche vous glace

Et gagne plus puissante qu’une marée – vague d’ombre montante

Ô force de la terre –

La montagne et la part de festin qu’elle accorde à la nuit

 

La montagne et son relais tendu au jour

Quand les roses du ciel trouvent réponses dans la roche

Quand l’or chantant de ses sommets

Eteint tout doucement la frêle lueur des lampes

Quand tout le bleu s’épand

Plus infini de se heurter à elle

Qui réduit et cisèle

L’horizon

 

Ne plus voir la montagne

Dit le sage

Revoir la montagne.

*******

 

Quand tu dessines un arbre

Tu dois tout savoir de son histoire

(Même quand c’est un arbre qui n’existe pas)

 

Tu dois écouter l’arbre

Les traces que la soif a cachées sous l’écorce

Les vides

Les nœuds

Les cassures

Les tout petits matins de réponse au ciel blanc

  • Son dialogue avec le ciel –

Les nervures de ses feuilles, leur tendre déploiement

Les renflements du tronc

Les endroits plus épais

Les creux

Les denses

Cela s’entend sous le crayon

Il suffit d’écouter

Et de ne pas trahir

 

Quand tu dessines un arbre

(Même quand c’est un arbre qui n’existe pas)

Tu dois le recueillir

Tout en te souvenant que c’est lui qui t’honore

S’il t’offre sa présence.

*******

 

Je vais chercher en moi le lieu dense et sauvage

Qu’aucun assaut ne désunit

Cet endroit sans défaite

Sans victoire

Où veillent en silence

Comme des papillons

D’étranges gestes qui savent

Faire entorse au destin

 

Héya !

Tout brûle en moi de ce feu de forêt

Tout brûle

S’éclaire aux torches du désir et de la mort

 

Héya !

Nul ne me reconnaîtra plus

Peut-être

Et peut-être personne

Ne relaiera l’écho de mon long cri de cendres

Et de lumière

 

Mais je me tiendrai là

Accueillant la merveille

 

Vie et mort

Dans une seule main.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *