Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Éprouvées parce qu’elles sont quotidiennes
De ces réveils qui traînent jusqu’à la toilette
La première cigarette après le café
Le journal commenté qui nous noircit les mains
Tous les gestes rituels reprennent leur bien
Des gestes paisibles qui installent la paix
Retrouvée qui recommencent la paix gagnée
Des gestes pleins d’assurance et de raison d’être
Qui entament le jour proprement sans bavures
Des gestes d’être libres et qui se souviennent
Nous prendrons soin de laisser la clé sur la porte
Et que la rue entre par la fenêtre ouverte
La rue tout entière son soleil ses enfants
La rue riche d’amis étrangers et de passants
Fraternels notre maison est à qui la veut
À qui a besoin de chaleur à qui a faim
Mais il faut avoir faim et des yeux à jamais
Plus grand que le ventre. Il y aura la joie
Mais nous n’oublierons rien de ce qui est passé
Nous n’aurons pas besoin de tellement parler
Vivre est bien suffisant et nous aurons appris à vivre
Anna Gréki, Juste au-dessus du silence, traduction de l’arabe de Lamis Saïdi, édition Terrasse, 2019, p. 36.
Anna Gréki est un nom de plume, son vrai nom étant Colette Grégoire. Elle a été emprisonnée en 1957 en Algérie pour sa lutte aux côtés de ceux qui demandaient l’indépendance, puis torturée. Elle a choisi de retourner en Algérie en 1962 et a tenté de devenir algérienne.
(Présenté par Georges Chich)