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Olivier Deschizeaux

4 min de lecture

Poète invité le 2 février avec Elisabeth Granjon


Né à Villefranche-sur-Saône à l’été 1970, dans une famille aimante et croyante. Dès mon plus jeune âge j’écris des textes de chansons, puis découvre les poètes et décide qu’un jour je ferai partie de cette voix si fragile et si belle. Après de longues errances, j’entre an Poésie grâce aux éditions Rougerie. Mon premier ensemble date de 2004 (la chambre close), prix Louis-Guillaume (du poème en prose). Par la suite d’autres livres verront le jour chez Rougerie (le soldat mort, sinon dans la chair, ours, l’herbe noire). Chez MLD je publie un livre qui m’est très cher, je me suis vu. La vie étant faite de rencontres je fais la connaissance de Christine Brisset-Le Mauve, qui publiera 3 de mes livres à l’Arbre (le cavalier d’argile, et puis un soir, la nuit profonde). A Vienne je découvre Lionel Bourg, avec qui je partage beaucoup, il publiera dans sa collection au Réalgar des ouvrages très important à mon cœur (et la mort comme reine, un adieu aux ailleurs, le courbe-rêve). J’habite à Lyon et consacre ma vie à l’écriture.

texte inédit :
Le recul-cadre
Je te donne mes lèvres pour que tu m’embrasses, un peu de ma terre pour nos jours et nos nuits, mes bras pour que tu m’enlaces et l’aube de mes geôles pour que tu m’en chasses,
je te donne ma fièvre pour que tu aies chaud, le parfum de mes draps pour que tu t’y baignes, mon cœur pour que tu y fasses ton nid, le coffre des talus pour en faire ton armure,
je te donne mon amour pour y planter tes herbes grises, mes nuages pour y faire naître tes fleurs, ma vie pour que tu la brodes de feu, mille et un cieux pour le clair de tes yeux,
je te donne mes hanches pour y plonger tes paupières et la couleur de ma chair sur le bitume de nos rêves,
je te donne mon regard pour y voir nos visages, ma table pour y boire et manger, la cabale pour le parfum des tarots, ma tendresse pour que tu t’y allonges,
je te donne mes nuits pour que tu les ronges, mon royaume pour y cacher ton chaos, mes poumons pour que tu respires le soleil, mes semelles pour arpenter mon ciel,
je te donne ma bouche pour y entendre ma voix et le sel de mes cuivres pour tes cuisses amoureuses,
je te donne ma lanterne pour la noyer de ténèbres, le noir de mon trône pour la nacre de tes cils, ma solitude pour que tu clignes des yeux, mes crocs pour que tu y brûles ma chair, mes cheveux blancs pour y faire naître le bonheur,
je te donne le corps des aigles pour un rire de démence, la mort et l’amour pour un peu de ta détresse et le fer et le feu sous le dôme de cristal,
je te donne mes lézards mes aurochs mes oracles pour perdre la tête, mon crâne cabossé pour le jeter aux nuages, le désespoir et le noir de mes dents pour que tu les salisses,
je te donne la volupté des chants pour la harpe malmenée, mes sentiers en berne, la clairière des lunes aux bras tissés de peine,
je te donne le poème que tu fais naître en moi, les étoiles une à une jusqu’aux puits de sagesse, le sang mort qui colore ma nuque d’un noir intense immense lumineux, la nuit imminente gonflée de bottes à demi nues,
je te donne mes mains pour travailler le ciel et la terre et les cailloux qui creusent nos tombes,
je te donne la femme drapée dans sa nudité, l’homme aux gorges de feu, à l’argot malheureux, le charme des vampires au bord de mes ongles, le bras gauche du démon,
je te donne des armées de papillons arc-en-ciel étouffant en mon lit, ma tête qui se cogne aux poèmes bleus…
septembre 2026
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