Nous avons lu · 2025
Anne-Lise Blanchard — Tableau du peu, Ad Solem, 2025.
Un des derniers livres d’Anne-Lise Blanchard, Tableau du peu, prend son titre à la lettre puisqu’il fait du presque rien cher à Jankélévitch le tout de sa poésie.
Quoi de mieux quand on a arpenté les chemins de montagne, piétiné dans les rocailles des déserts qu’on s’est hissé en escalades, que de revenir au jardin et là, convoquant les ami(e)s poètes, dire dans la simplicité comment le réel jaillit.
C’est bien simple puisque la beauté clarifie l’œil et que dans la démesure de l’infime le silence affute les couleurs.
Le jardin, la nature qui l’entoure, permettent à l’esprit de ne pas oublier les chers souvenirs ou même les douleurs mais d’entrer dans l’extase de ce qui prend vie sous les yeux et qui ravit la pensée.
Dès lors la poésie est le seul moyen du recueil de toutes ces notations, de tous ces peu qui surviennent.
Le corps gonfle parle désir
Les lèvres modulent courbes avides
Sucs ambrés paroles étroites
Et le corps mâchonne
Le vin du poème
Le corps peut ainsi s’allier avec la parole pour éprouver ce qui se joue dans l’espace du jardin.
Anne-Lise Blanchard, poète désormais accomplie, invente le charme qui lui est suggéré par son regard en bousculant le vers, créant par des enjambements comme avec l’écoulement naturel de l’eau, l’écoulement poétique des mots.
au mouvement à la langue aux consciences
enjambant le temps
dans une alliance de parfums et d’impatience
La capacité de transmutation poétique des éléments, Anne-Lise l’a aussi, qui rappelle les anciennes répulsions, l’odeur du mazout a effacé la fragrance du lait cru, et les replis, nous nous sommes repliés sur nos îles, pour que le jour s’élance qui déjoue la parole au-dessus de la putréfaction radieuse.
On peut penser qu’il s’agit là d’une poésie du renouveau et de la contemplation émerveillée.
C’est le temps – combien long – des champs de diamants
des soleils de givre
du souffle blanc de l’hiver
Que surgisse de la friche un désir
qui ouvre le jour
que la lumière vienne
dissoudre
l’ennui qui colle à mes semaines
Un bien beau livre que ce Tableau du peu qui m’évoque les accents délicats des livres d’Adalbert Stifter.