Chanter, pleurer, brûler — Abraham de Vermeil

La Revue

Je chante et je pleure, et je veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et je cours, je suis pour et contraire.

Je veille et je dors, et suis grand et vulgaire,
Je brûle et gèle, et je puis et ne puis,
J’aime et je hais, je conforte et je nuis,
Je vis et meurs, j’espère et désespère.

Puis de ce tout étreint, sous le pressoir,
J’en tire un vin ores blanc ores noir,
Et de ce vin j’enivre ma pauvre âme,

Qui chancelant d’un ou d’autre côté,
Va et revient comme un esquif tempêté,
Veuf de nocher*, de timon et de rame.

(Né à Cerdon, dans l’Ain, en 1555. Poète et dramaturge)
*Nocher : patron d’un bateau.

Abraham de Vermeil, Seconde partie des Muses françaises ralliées de diverses parts, Paris, Matthieu Guillemot, « Sonnets », p. 241. (poème choisi par Josiane Gelot)

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