Si j’ai écrit c’est par inquiétude — Antonella Anedda

La Revue

Si j’ai écrit c’est par inquiétude
parce que j’avais souci de la vie
de la félicité des êtres
serrés dans l’ombre du soir
quand le soir s’abat soudain sur les nuques.

J’écrivais pour la pitié des ténèbres
pour toute créature qui recule
dos plaqué à la rambarde
pour l’attente marine-sans cri-infinie.

Ecris, me dis-je, et j’écris
pour avancer plus seule dans l’énigme
parce que mes yeux m’alarment
et le silence des pas est mien, mienne la lumière
déserte-clarté de bruyère-
sur la terre de l’avenue.

Ecris parce que rien n’est défendu et le mot arbre
tremble plus fragile que l’arbre, sans ramures ni oiseaux,
parce que seul le courage peut creuser
vers le haut la patience
jusqu’à ôter du poids
à la noire pesanteur du pré.

Antonella Anedda, Nuits de paix occidentale et autres poèmes, p.35, L’Escampette éditions, 2008. Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para. (choisi par Chantal Ravel).

Retour en haut